Quel dommage !

Un grand merci à mon amie Super A d’avoir édité et reédité le texte. Por si no ha quedado claro, MUCHAS GRACIAS SUPER A!

Nous habitons dans une société où la plupart de nos besoins peuvent être satisfaits en échange d’une compensation. Cela veut dire que nous payons bien pour les services qui nous sont rendus, bien pour les produits et marchandises qu’il nous faut. C’est avec ce principe que le système capitaliste fonctionne : nous respectons ce qui est appelé le “prix” de quelque chose que nous voulons acquérir et nous procédons au règlement de la facture.

D’un côté, l’acheteur donne le montant précis à celui qui propose ses articles échangeables. De l’autre côté, le vendeur garantit la qualité de l’objet pour lequel l’acheteur a payé. C’est grâce à la confiance mutuelle (supposée) que nos intérêts sont protégés. En général, c’est cette même confiance qui nous permet  d’être contents et d’aspirer à un environnement sans conflit.

La semaine du 13 juin, j’ai accepté une proposition de travailler en tant que traductrice Filipino.

Une de mes connaissances m’a renvoyé un courriel d’une société de production audiovisuelle parisienne qui cherchait un “traducteur de Tagalog pour accompagner notre réalisatrice lors de son dérushage* les 13 et 14 juin, avec éventuellement un ou deux jours de plus”.

J’ai pensé que cette expérience serait intéressante pour moi. Principalement, j’avais envie de tester et de pratiquer ma capacité de parler français. Je pensais aussi à développer mes compétences et à faire une petite contribution au monde de la culture. De plus, c’était une façon de rester “en contact” avec mon pays d’origine.

Je n’ai même pas demandé tout de suite combien et comment je serais payée. Je faisais confiance aux qualités qui sont souvent attachées aux Français – le professionnalisme et le respecte scrupuleux des formes (selon le dictionnaire en ligne de Larousse : le formalisme). Bien sûr que la compensation est importante. Mais je ne suis pas une traductrice professionnelle, donc je me suis dit que tant qu’il me reste un petit peu d’argent après les charges et les autres dépenses (les billets de transport, le repas et le paiement de babysitter), cela vaudrait le coup.

Après avoir bien réfléchi, j’ai décidé que j’étais intéressée. Pourtant, je garde mon enfant de 8 mois et j’ai dû demander certaines conditions par rapport aux heures que j’allais travailler. Puisque la société était d’accord avec mes conditions, j’ai pris l’engagement.

Le premier jour de travail, au moment où je suis arrivée au bureau, j’aurais dû me dire que quelque chose n’allait pas bien.

Je veux dire :

  1. La personne avec qui j’ai parlé ne se trouvait pas au bureau. Il n’a même pas laissé un message à ses collègues et personne dans l’équipe de production n’était au courant qu’une traductrice viendrait ce jour-là. On remarque déjà un manque de formalisme.
  2. La réalisatrice est arrivée 20 minutes en retard sans laisser un mot aux assistantes/secrétaires. J’ai attendu sans savoir à quelle heure on allait commencer. J’ai été déconcertée par cette faiblesse de professionnalisme lors du premier jour de travail.
  3. J’ai commencé à travailler sans avoir rien signé. Je reconnais que la lucidité chez moi n’abondait pas non plus.
  4. J’ai dû attendre jusqu’à l’après-midi pour que quelqu’un puisse m’expliquer comment je serais payée. Comment ai-je pu supporter telle carence de formalisme et de professionnalisme sans rien dire ? Comment ai-je été si bête ?

Il est important que j’explique ma conversation avec le collègue de mon contact (Monsieur P) par rapport à la compensation : tout d’abord, la société ne paie pas un salaire mais il paie pour un concept de droits d’auteur**. Puis, le montant serait 100€ par jour, pour 8 heures de travail. À ce moment-là, j’ai clarifié que je ne travaillerais que 5 heures par jour. Il m’a dit qu’ils allaient me payer 100€ à partir de la 5ème heure travaillée et, sinon, 50€ (la moitié). J’ai fait un calcul rapide et j’ai décidé que cela irait. Un total de 380€ à peu près serait raisonnable.

Pour me rassurer, j’ai exprimé mes doutes : j’ai dit que j’avais l’impression qu’ils allaient faire un prorata (ou la partie proportionnelle) des heures que j’allais déclarer effectivement. Mais, monsieur a insisté qu’ils allaient calculer à partir de l’heure 5 pour payer les 100€.

Alors, même sans aucun document qui prouvait ce qu’il venait de dire, j’étais d’accord. J’ai pensé toujours au professionnalisme et au formalisme vantés par les gens d’ici (cela fait plus de 2 ans que j’habite à Paris, et pour cette raison je me considère crédible quand je dis ce genre de choses). Je me suis mise dans la salle de dérushages et j’ai commencé à traduire avec la réalisatrice.

Le temps passé dans la salle a été vraiment fructueux.

J’ai appris certains détails sur le journalisme qui semblaient banaux mais qui sont vitaux pour pouvoir faire un bon reportage. J’ai aimé cela. Surtout, le sujet du reportage était proche à mes souvenirs de l’enfance. Donc cela va de soi : je me suis amusée. En outre, je me suis sentie utile et productive.

Malheureusement, je n’étais pas capable de traduire tous les vidéos à ce moment-là. Il y a eu des problèmes techniques et j’ai eu des difficultés au moment de comprendre ce que les sujets voulaient dire (j’ai donc parlé avec la réalisatrice : les sujets ne parlaient pas dans leur langue maternelle et donc, elles utilisaient souvent des termes équivalents à “machin”, “truc”, “chose”, “bidule”, etc…).  Mais nous avons  trouvé une solution : ils m’ont envoyé les vidéos et j’ai continué les traductions chez moi.

Donc, j’ai travaillé. Il faut dire que quand je donne ma parole, je rends. J’ai dédié beaucoup de temps à finir les traductions et cela m’a pris un total de 20 heures travaillées, réparties sur 3 jours.

La réalisatrice ne m’a donné aucun feedback mais je suis convaincue d’avoir fait un bon travail : j’ai mis les time codes tous les 30-40 secondes environ, j’ai marqué les time codes pour la version originale et pour la version traduite, j’ai révisé mon travail et j’ai réécouté certaines parties des vidéos pour être sûre d’avoir bien compris. Surtout, j’ai envoyé les livrables ponctuellement… J’en étais fière.

À vrai dire, tout s’était bien passé jusqu’au moment du paiement.

J’ai reçu un virement dans mon compte bancaire de la société de production, mais le montant n’était pas celui que j’avais prévu. En fait, c’était presque la moitié de ce que j’avais calculé !

Immédiatement, j’ai contacté Monsieur P. Je lui ai posé la question et en effet, il m’a confirmé qu’il a fait un calcul du paiement proportionnel aux heures que j’ai déclarées. J’ai expliqué que son collègue m’avait affirmé qu’ils allaient faire justement le contraire. J’ai insisté sur ce point car, honnêtement, je n’aurais pas accepté le travail proposé si j’allais dépenser plus que ce que j’allais gagner. Nous avons fini la conversation, étant d’accord de la reprendre 2 jours plus tard après avoir clarifié avec son directeur comment il fallait calculer le paiement.

Monsieur P m’a demandé aussi de justifier pour quoi j’avais mis 3 jours pour faire une traduction de vidéos dont la durée n’est que 30 minutes. À mon avis cette demande d’explication est pertinente, surtout s’il s’agit de savoir comment régler une prestation de service. À ce titre, j’ai expliqué que comme je ne suis pas une traductrice professionnelle, j’ai dû transcrire toutes les conversations avant de pouvoir les traduire.

Néanmoins, il a dit quelque chose qui m’a tellement étonné : il lui a semblé que 3 jours pour traduire une conversation de 30 minutes était excessif. Alors, j’ai répondu disant, i) Il est possible que la réalisatrice puisse avoir oublié qu’elle m’avait demandé de traduire un autre fichier (vidéo) dont la durée était plus d’une heure, et ii) Qu’en fait “je garde mon enfant de 8 mois et cela ne me vaut pas la peine de faire quelques minutes de plus en échange d’un petit peu plus de rémunération.”

Finalement, il a dit que la société de production me paierait une journée de plus pour la semaine du 13 juin. Pour les autres traductions, je serais rémunérée pour 2 jours de travail. Il restait encore une demi-journée de travail à régler. Il m’avait expliqué pourquoi ils n’allaient pas me le payer. En toute vérité, je ne me souviens plus de ce qu’il m’a dit,  il y avait beaucoup de bruit en background (mais j’ai cru  avoir entendu quelque chose du type “Comme ça on est tous contents”). Peut-être j’étais déjà fatiguée et je me suis rendue compte que je commençais à perdre mon temps …

La réalisatrice a répondu aussi la question et elle m’a écrit, “… 13h pour traduire 30 minutes ça n est juste pas le taux horaire. Normalement 30 minutes c est une demijournée maximum. Donc je suis sure qu’il y a des circonstances personnelles mais on n avait absolument pas anticipé que ça vous prendrai autant de temps de traduire juste 30 minutes!

Le budget sur ce film est extrêmement limité; notre camerawoman a été payée 15 jours pour 22 de travail donc vraiment je pense qu’ils ont fait le maximum de ce qu’ils pouvaient.” (Est-ce mon problème?)

Je leur ai remercié et j’ai dit que je leur offrais les 4 heures travaillées comme si j’avais fait une activité de bienfaisance.

Fin de l’histoire concernant mes employeurs.

Je suis consciente que la responsabilité finale de garantir mes intérêts reste sur moi.

Je ne tiens pas quelqu’un d’autre coupable de cette mauvaise expérience. J’aurais dû clarifier tout ce qui était lié à la rémunération avant d’avoir commencé à travailler. Je me suis trompée d’avoir fait trop de confiance. Eh bien ! lesson learned. Mais, c’est dommage.

C’est dommage parce que maintenant je me sens découragée de reprendre une proposition de traduction avec cette société de production.  En plus, j’ai la responsabilité de donner un préavis à tous ceux qui pensent à faire ce type de travail. Si vous êtes intéressés, laissez-moi un message et je vous donnerais plus de détails.

C’est dommage car le bon sens dicte de respecter le prix accordé pour une prestation de service bien rendue (j’ai parlé plusieurs fois avec eux et ils n’ont jamais été mécontents de mon travail). En fait, c’est exactement ce que je fais avec la babysitter de mon enfant. Je veux dire : puisque je suis contente de son travail, je lui paie respectant le prix que nous avons accordé dès le premier jour.

C’est dommage parce que j’ai pensé qu’une petite entreprise gérée par des jeunes professionnels récompenserait intègrement le travail acharné.

Surtout c’est dommage car je n’ai pas trop observé la pratique ni du professionnalisme, ni du formalisme. Et donc, j’ai pris conscience que ces qualités ne sont pas du tout liées à la nationalité sinon à la personne elle-même.

Fin de mon histoire.

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Il me semble qu’au moins, dans le générique du reportage ils pourraient mettre mon nom et prénom avec de grosses lettres et, même en rouge. Comme ça :

Responsables de Traduction

Elena Gnou del Bosque

Kho Jones

KARESSA RAMOS AGUINOT

 

 

Ver imagen original

Image courtesy of: http://inciclopedia.wikia.com

* Le dérushage est la première étape du montage d’un programme audiovisuel ; cela consiste à sélectionner les séquences à utiliser lors du montage, appelés rushes et à les transférer sur la plate-forme de montage (Wikipédia).

** En fait, au lieu d’un bulletin de paie je recevrais une note de droits d’auteur pour la présenter avec la déclaration de revenus l’année prochaine.

 

 

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A Short Note On: Mastering a Language

I was once told that the moment you could express anger in a foreign tounge, then you can be considered highly-skilled in speaking that language. It was only two weeks ago when I realized that albeit the truth behind this principle, HUMOR has proven to me the best way to improve my communication skills.

A quick background

I hail from a nation of story-tellers, so the desire to understand different languages comes from my fascination with recited tales of adventures, droll anecdotes and parables offering moral lessons. All the better if these stories are based on true to life experiences!

Suddenly, there came a time when I also yearned to share stories of my own (remember when I said I talked too much?). I noticed then, that the more I got to know a language the more I felt attracted towards it. This attraction is currently making me want to better my abilities. And in principle, the best way to do this is to spend time in a place where the said language is widely spoken or a place where that language is native to.

But in real life…

… the manner of speaking and being understood vary according to culture*.

Communicating is really not as easy as textbooks describe, even if one is lucky enough to be able to practice in the language’s native land. As a result, foreigners who are trying to succesfully communicate in a new tounge must exert an effort to establish a connection with the native speakers.

In the Philippines, this is achieved through a smile preceding any question or comment. In France, one connects through la politesse (politeness)**. In Colombia, the tone and melody of the voice set the scene***. In Spain, people also make it a point to be polite but it seems to me they talk more directly to the point.

No matter what kind of connection sets the stage for communication, it cannot be argued that life generally presents us with more opportunities to use humor (unless you live in a conflictive or famined area). It may be in the form of wit, light banter or joke.

Continuing with the examples: French people seem very serious but they are also susceptible to good-natured teasing (especially when the weather is “not bad”). The Colombians and Filipinos share a very similar sense of humor (we all love jokes with double meanings), while the Spanish style could range from being witty to total absurdity (look for Miguel Gila and Martes y Trece, respectively).

So wouldn’t it be easier to make our way into a labyrinth of vocabulary and grammar through amusement?

(And perhaps a bottle of beer or a glass of wine…?)

I don’t doubt that verbalizing anger helps master a language. After all, it taps into our most primordial feelings and connects them to that new system of words. But practicality-wise, to whom would we vent our anger out for language skills improvement? Our partners or housemates? A public servant? The butcher? The baker? The candlestick maker? And even if we are able to find someone to “practice with”, would they really give an assessment on how we might have constructed the sentence? Because, digo yo, self-evaluation doesn’t count…

Isn’t humor a much better connector than anger?

A differing opinion

According to my husband, I may have a point. However, he also stressed that the words spoken in the heat of the moment “arise from the soul” and break out automatically. So if a person naturally blurts words of anger in a foreign language, this means that the language has taken such roots into the subconscious that it could be easily accessed to voice out strong emotions.

I agree. Anger might be more effective. Yet as I’ve mentioned before, it may not necessarily be more efficient. At the end of the day, it depends on what objective a person has in learning a new language: does he simply want to speak it, or does he want to use it to communicate with others?

In my opinion when someone is angry, oftentimes he just wants to send everyone to “where the devil lost his poncho” and leave- perhaps without even waiting for the other person to respond. This describes a situation where the speaker utters whatever is needed and doesn’t necessarily need a reply; this is not communication. Whereas, within a fun atmosphere there is a lively exchange of stories, reactions and impressions among people. Besides, feedback is more accessible. This is communication.

In my own words

I don’t consider myself a “master” of any language. I am honestly nowhere near that. Even with regards to my mother tounge (Tagalog), I have to admit I still have a lot to learn.

I do, however celebrate my mini-victories during the times when I am able to grasp French humor or on occasions when I make my Spanish parents in-law laugh.

 

* For example, I learned how to speak Spanish in Spain, but when I went to Colombia… TENAZ! Whatta difference the Atlantic makes!

** It is compulsory to greet “Bonjour” before starting any kind of conversation with anyone. It is also important that you wish the other “Bonne journée”- or whatever is applicable- after bidding goodbye.

** If you are speaking to someone with who you regularly see like a co-worker or a client, it would be highly appreciated if you asked them first how they are doing, how their family is doing, etc…